Thoughts I refuse
Je n'ai pas vraiment de squelette dans le placard, mais il y a certaines choses auxquelles je refuse carrément de penser, puisque si je le fais, je n'arrive plus à respirer. Le simple début d'une pensée me prend la gorge avec des doigts osseux et gelés. Éviter l'inévitable, l'ignorer a toujours été une bonne stratégie, une façon de dealer avec pas mal de choses, pour qu'on me dise que je suis forte, ne plus y penser. Ainsi, je réponds au téléphone :
-Salut, ça va? qu'est-ce que tu as?
-Rien, merci, juste un mal de gorge, pendant que la main aux longs doigts essaie de m'étrangler et je manque d'air. J'inspire profondément, tant que je peux encore.
Certaines choses, je les arrête tout de suite, je me retrouve en pleine rue, incapable d'avancer pour quelques secondes, je ferme les yeux, et je refoule encore une autre pensée, que je n'ai même pas vu arriver, l'odeur d'un parfum, un son, une façon de pencher la tête, n'importe quoi, et là voilà, pensée maléfique, don't even go there, not now anyway. Et en rouvrant les yeux, je ne sais plus vraiment ou je suis.
Ces choses que je refuse de penser, se retrouvent ensuite toutes les nuits dans mes cauchemars, mais la fatigue me les fait oublier, heureusement.
La surface où nous faisons semblant de tisser des fils durables mais qui sont plutôt des fins fils d'araignée, s'étend et perd sa consistance. On commence à voir les fils du marionnettiste et Oz n'a jamais été un grand magicien.
Les conversations devraient être réduites à des banalités sur le mauvais temps ou le sandwich avalé en hâte à midi, car la métaphore de panneau en vitre qui nous sépare tous et à travers lequel nous crions comme nous pouvons le mieux, sans même savoir que nous sommes ainsi isolés phoniquement, est déjà dépassée depuis longtemps.
Nous sommes, humains, en général, plutôt dans un mauvais film qu'on se fait nous mêmes et aussi dans plusieurs réalités parrallèles, qui ne se rencontrent jamais, seulement certains éléments matériels (ex., une pomme rouge) passents comme des étoiles filantes dans la main d'un magicien géant d'un de notre mondes à un autre, surement la pellicule va rompre d'une minute à l'autre, irrémediablement, mais je ne suis pas du genre à dire I told you so.
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