dimanche 21 décembre 2008

Histoires de neige

Petite, à l'école, c'était les batailles avec les boules de neige : on en recevait de partout avant d'arriver à passer la porte de l'école, et les garçons qui aimaient bien une fille la laissaient savoir de cette façon un peu trop... directe, disons, ou même parfois carrément douloureuse, ainsi combien de fois je m'en suis pris dans la tête, et cela faisait mal, lorsque la neige était compacte et il faisait froid dehors. J'essayais de "retaliate", mais sans succès, puisque jamais bonne à atteindre une quelconque cible (sauf, des années plus tard, le peu de fois que j'ai joué à la pétanque).
Le mal de tête, persistant, de recevoir la grosse boule, souvent derrière (et comme je ne voulais pas mettre un bonnet, je vois maintenant Angélique de qui elle tient...) me faisait oublier rapidement lequel garçon avait jeté le plus de boules (on s'amusait, avec mes amies, à les compter), ou qui avait jeté avec le plus de force, à la fin de la journée j'étais fâchée contre tous, même les innocents (pas nombreux).

Plus tard, lorsque les choses ont commencées à être un peu plus sérieuses, dès qu'on rentrait dans la cour de l'école, il y en avait qui restaient cachés, à nous attendre, et une fois aperçue, la fille se faisait jeter et ensevelir dans la neige, je trouve cela un peu violent maintenant, mais là ça ne me dérangeait pas trop, surtout lorsque le garçon en question me plaisait, ce qui n'était pas toujours le cas. Une fois je me rappelle, je devais avoir 14 ans puisque déjà en 1ère année de lycée (de ce qu'on appelle lycée en Roumanie), et une belle journée, soleil de lendemain de tempête de neige, il faisait assez chaud, je viens d'arriver dans la cour de mon lycée et en plus, je m'y attends tellement, à ce qui va suivre, que je souris malgré moi, j'ai juste hâte de voir c'est qui, et là, en quelque secondes j'ai de la neige froide partout, incluant dans les oreilles et la bouche, à plat ventre parterre, et en face de moi, se met dans la même position pour mieux voir ma réaction, un des plus cools gars, je ne sais plus son nom, mais c'était le capitaine de l'équipe de basket de l'école, que toutes les filles trouvaient beau. J'étais agréablement surprise, je me suis fâchée un peu, pour la forme, et j'avais l'impression qu'il allait presque m'embrasser, mais ce n'est pas arrivé, j'étais un peu jeune pour lui, je crois qu'il était en dernière année.
Ce jour là, après les cours (qui ont fini plus tôt, les profs étaient aussi d'humeur festive lors de tempêtes, il n'y en avait pas tant que ça à Bucarest, des grosses en tout cas, peut-être 2-3 par hiver), la même chose en repartant, et plusieurs fois jusqu'à ce qu'on s'enfuit, avec des amies, et j'étais tellement trempée partout par la neige, les cheveux comme après la douche, que j'avais peur de rentrer chez moi et qu'on me gronde, alors je suis passée d'abord chez ma meilleure amie, c'était sur le chemin, avant d'aller à la maison.
La mère de mon amie était là, je ne m'y attends pas trop, mais je l'avais toujours trouvée plus cool que ma mère en tout cas, sauf pas ce jour là, je me prends donc un savon, au moins elle me passe des vêtements de rechange et me fais une tisane, et j'ai toujours mon gros sourire de Cheshire cat à cause du gars du matin, son regard tout près de mes yeux. Elle ne le remarque pas, mais j'ai le droit à un grand sourire en repartant.

Autres souvenirs de neige, plus jeune cette fois : toutes les fois qu'il y en a , mon père reviens du travail, le soir, et nous emmène, ma sœur et moi, en luge (on en a une belle, en fer forgé vert, et une autre en bois, celle en fer est lourde, mais on la préfère à l'autre, puisque plus belle, plus grande à deux, et personne n'en a une comme ça), et nous emmène au parc faire de la luge, il y a un lac et des collines, pas trop hautes, autour, pour en faire.
Le parc n'est pas trop loin et je vois mon père qui se fatigue, nous sommes petites mais deux et la luge est lourde, j'aime son bruit contre la neige et j'oublie mon père qui peine, nous avons des foulards sur la bouche et sommes toujours trop habillées, même s'il ne fait pas si froid, j'ai envie d'enlever mon foulard mais je ne le fais pas, une petite fille est morte dans la famille d'avoir eu froid, même si je ne le sais pas encore à ce moment-là.
Le parc enfin, et il fait nuit même si c'est encore tôt, plein d'enfants qui jouent et font de la luge, on adore ça. Avec ma mère la luge est plus le fun, plus folle l'allure, mais elle ne vient pas tout le temps avec nous. Et puis, plus d'accidents avec elle aussi. Une fois, il faisait froid, le soir, et je voulais faire encore une descente, entre les sapins, elle me dit ok, mais je tombe et échappe ma luge, et me retrouve à côté d'un sapin, mais il y a plein de glace autour, alors j'ai peur et je l'appelle qu'elle vienne me chercher ma mère, qui rit de moi, et je ne trouve pas cela drôle, en plus j'ai des bottes qui sont restées trop petites, j'en ai d'autres, mais j'aime toujours celles-ci et n'en veux pas des autres, elle finit de se marrer et vient enfin me chercher, mais même elle ne peut pas avancer, c'est en pente et plein de glace, alors dès qu'elle me donne la main, on tombe et on glisse ensemble en bas, des fous rires, moi et ma garce de maman.

Une autre belle neige, en vacances chez ma grand-mère, une année, les vacances de printemps, comme on les appelait, mars je crois, ou fin février, déjà vert partout, en banlieue de Bucarest, pour nous un milieu entre notre maison en ville et celle des autres grands-parents à la campagne. Il y a, le premier jour de notre arrivée, une grosse tempête de plein de neige, qui fait notre bonheur. Il ne fait pas froid du tout, puisque déjà presque le printemps, et mamie nous laisse dans sa cour, ma sœur et moi, faire un iglou, qu'on appelle "cazemata", mais une grande... C'est une des seules fois où ma sœur et moi faisons merveilleuse équipe, cela nous étonne les deux, mais quel bonheur, on ne se fâche pas une seule fois, alors que c'est la règle pour nous de faire la guerre pour un rien. Nous restons dedans pendant des heures, pas besoin de gants, mamie nous sert à gouter dans cette petite maison, et ensuite, dans la grande, on se réchauffe devant le feu du poêle, et pensons à demain, les cousins arrivent et nous allons leur montrer notre merveille.

La neige a toujours été un peu spéciale pour moi, surtout la première, je pensais que quelque chose de magique allait se produire, comme le début d'un amour, surtout si cela arrive le soir, mais je ne sais plus d'où ça vient, de quel évènement initial.


Autre première neige, je devais faire une devoir pour le lendemain, une composition en roumain, sur une oeuvre qu'on venait d'étudier, je ne sais plus quoi, mais une composition assez libre, la prof était trop cool, elle nous encourageait à nous laisser aller lorsqu'on écrivait et cela faisait mon affaire, ça me tentais mais je l'avais laissé dernière minute, puis je n'avais pas encore trouvé un angle assez original, aucune idée de départ, cela me tracassait. Ma mère devait aller en ville, je ne sais plus pour quelle affaire, il était tôt, nous partons, mais la tempête commence, pas d'autobus, une neige toute douce et dense, pas de vent, nous marchons beaucoup dedans, tout est tellement plus beau en blanc, le gris habituel se cache, je me crois au pays des merveilles, nous ne parlons pas (elle m'agace souvent lorsqu'elle me parle, alors je suis contente qu'elle me laisse un peu tranquille pour une fois, pas de reproches inutiles), puis j'aime lui donner la main, alors que je suis assez grande. De retour à la maison, contente et en paix, ma balade m'inspire et j'écris mon histoire, que je trouve belle, ingénieuse et originale, en plus, je ne me force pas pour l'écrire. Le lendemain la prof la lit, puis l'aime tant qu'elle me la fait lire debout devant la classe, puis elle me demande si elle peut la lire à ses autres étudiants, j'en suis fière.


Autre fois, plus grande là et juste avant de partir pour venir ici, 2-3 mois avant, un premier vrai baiser, dans le train, avec la neige qui danse et défile devant la fenêtre, le bruit du train que j'adore et celui de nos amis qui nous préparent à manger, des tartines à la confiture (mais de quoi, je ne sais plus), et Cristina qui me dit " ladies first" en me tendant ma tartine, sa main qui me tend ma tartine, ses yeux, les yeux bleus à côté de moi, la nuit.

Histoires de neige, maintenant il y en a trop, puis plus tellement de magie, sauf peut-être un peu quand même parfois, un soir après mon cours, puisque si inattendu, ou peut-être je fais semblant, magique, je veux le croire, pour quelques secondes au moins, en la voyant.

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