Sulina









Il me manque, cet endroit que je n'ai pas vu depuis bientôt 10 ans. Parfois quand je regarde les yeux d'Angélique je me rappelle comment le bleu foncé de la Mer Noire ne se mélangeait pas avec le vert du Danube, sur le côté du petit bateau qui nous emmenait près du phare et la où la mer et le fleuve se rencontrent. Je restais longtemps regarder le bleu, les yeux mi-ouverts, et la ligne entre les deux. Je devrais faire mes valises et partir toute de suite pour Sulina. Je suis sure qu'ils aimeraient vivre là, Angé et Lucian, ils seraient chez eux tout de suite dans cette ville où il pleut des grenouilles et des scarabées tous les soirs, où les chevaux sont en liberté jour et nuit sur les plages, où on peut rester regarder la mer jour et nuit si ça nous tente, sans rien faire d'autre, où on ne mange que du poisson. On aurait une maison verte et bleue,ce serait notre maison qu'on ne quitterait jamais, sauf pour aller parfois à Venise, ou en Turquie, ou à Bucarest, ou aller acheter des chaussures qu'on ne mettra jamais, ou aller chercher du caviar à Sf-Gheorghe, Lucian irait apprendre à pêcher avec ses amis dans le delta, moi et Angé, nous serions sur la plage toute la journée en été, à regarder la mer, à bronzer, à jouer aux cartes et chanter des chansons sur le bruit de fond des vagues.On aurait peut-etre une auberge, pour quand nos amis du Canada viendraient nous rendre visite. En hiver, on resterait devant la cheminée, je lirais, ou j'écrirais, Angélique saurait me faire à manger, elle serait une très bonne cuisinière, tandis que Lou ferait des dessins d'oiseaux et de grenouilles, et le soir on ferait des grands soupers avec tous les voisins, on mangerait des frites et des beignets de poisson, on boirait de la vodka russe de contrebande que les bateaux emmeneraient d'Odessa. Et on chanterait de belles chansons que j'ai oublié.
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